Camille voyage seule depuis quatre ans, entre l’Europe et l’Asie du Sud-Est, tout en poursuivant une activité de freelance à distance. Elle nous raconte comment le voyage en solo a transformé sa manière de rencontrer des gens.
Cet entretien revient sur son quotidien de voyageuse indépendante, sur les lieux où les échanges se nouent le plus naturellement, et sur les précautions qu’elle a fini par adopter au fil de ses expériences.
Qu’est-ce qui change vraiment quand on voyage seule plutôt qu’en groupe ?
Camille
Voyageuse solo depuis quatre ans
Tout, honnêtement. Quand on voyage à deux ou en groupe, on a naturellement tendance à se suffire à soi-même. On mange ensemble, on visite ensemble, et on finit par ne parler qu’entre nous. Seule, je suis obligée de sortir de ma bulle : demander mon chemin, m’installer à une table partagée dans une auberge, accepter une invitation de dernière minute. C’est cette disponibilité forcée qui change tout.
Avec le temps, cette disponibilité devient presque un réflexe, plus qu’un effort conscient.
Où as-tu vécu tes rencontres les plus marquantes ?
Dans les auberges de jeunesse, sans hésiter. Le petit-déjeuner commun, la cuisine partagée, les soirées organisées par le personnel : c’est un concentré d’occasions de rencontre. J’ai aussi beaucoup rencontré de monde lors d’excursions organisées d’une journée, où l’on passe plusieurs heures avec les mêmes personnes dans un contexte détendu.
Le carnet le dit
Les excursions organisées d'une journée, souvent sous-estimées comme simple activité touristique, comptent parmi les contextes les plus propices à la rencontre : durée suffisante, activité commune, groupe restreint.
Ces occasions se répètent d’une ville à l’autre, mais chacune garde sa propre couleur selon les personnes croisées.
As-tu des rituels de sécurité particuliers, en tant que femme qui voyage seule ?
Toujours prévenir quelqu’un de mon itinéraire, même approximatif. J’envoie un message à une amie avec le nom de mon hébergement dès mon arrivée dans une nouvelle ville. Pour les rendez-vous qui naissent d’une rencontre, je choisis toujours un lieu public en journée pour la première fois, même si le courant passe très bien en ligne au préalable.
Ces habitudes ne relèvent pas de la méfiance systématique, plutôt d’un cadre simple qui permet de rester ouverte sans naïveté.
Comment gères-tu la question du contact après une belle rencontre ?
J’ai appris à ne plus rien forcer. Certaines rencontres restent belles précisément parce qu’elles n’ont pas de suite — elles appartiennent entièrement au moment et au lieu où elles ont eu lieu. D’autres se transforment en amitiés que j’entretiens encore des années après, à distance. Je ne sais jamais à l’avance dans quelle catégorie une rencontre va tomber, et c’est en partie ce qui rend le voyage solo si intéressant.
Un conseil pour quelqu’un qui hésite à se lancer seul ?
Commencer petit : un weekend seul quelque part de proche et de rassurant, pour tester ce que ça fait vraiment. On découvre souvent qu’on est bien plus à l’aise qu’on ne le pensait, et que les rencontres viennent naturellement dès qu’on se rend un minimum disponible.
Ce premier essai suffit souvent à donner envie de recommencer, un peu plus loin la fois suivante.
